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27.05.2007
HORLOGERS-BIJOUTIERS
COMMENT FAIRE FACE AUX VOLS ET AGRESSIONS ?
Par Gérard DELTEIL
Le 15 août dernier, une bijouterie était braquée dans la galerie du Claridge des Champs-Elysées. Cette agressionaudacieuse, heureusement sans victimes physiques, s’ajoute à une très longue liste. Si l’insécurité, amplifiée par les médias et les surenchères politiciennes, représente parfois davantage un fantasme qu’un risque réel pour monsieur-tout-le-monde, pour les horlogers-bijoutiers elle est hélas bien réelle. Cible privilégiée des malfaiteurs, cette profession s’interroge et affirme sa volonté de résister.
Avec 165 vols à main-armée en 2001, les horlogers-bijoutiers figurent au hit-parade des victimes des agressions contre les commerçants. Les causes sont simples et évidentes : peu de vitrines recèlent autant de produits de valeur sous un faible volume que celles des horlogers-bijoutiers.
C’est pourquoi une des techniques les plus couramment utilisées depuis quelques années consiste tout bonnement à défoncer la vitrine à coups de masse ou à l’aide d’une voiture bélier pour s’emparer de son contenu, délaissant les produits mieux protégés à l’intérieur du magasin. Or aucune vitrine, si coûteuse soit-elle, ne peut résister à un véhicule lancé à trente ou cinquante à l’heure.
LE CONTRÔLE DE LA SÉCURITÉ
Du grand joaillier de la Place Vendôme à la petite boutique d’une galerie marchande de la périphérie, nul n’est à l’abri d’une agressionde ce genre. Un des problèmes rencontrés par les professionnels est que la sécurité coûte cher… Même à ceux qui ne sont pas et ne seront pas agressés. A surface égale, l’aménagement d’une bijouterie revient 2,5 fois plus cher que celui d’une boutique de prêt-à-porter. Les coffres, caméras de surveillance et vitrines blindées – dont on connaît les limites – ne sont pas donnés. Mais il faut y ajouter un contrat de télésurveillance qui reviendra environ à 1000 E par an et surtout un contrat d’assurance dont le montant peut atteindre 10 % de la valeur des stocks. Or la bijouterie joaillerie est un métier qui exige des stocks importants dont la rotation est beaucoup moins rapide que dans d’autres commerces. Les assureurs établissent leurs tarifs en fonction de la zone concernée : ils ont divisé le territoire national en 5 zones. Les chances de se faire dévaliser sont en effet beaucoup plus fortes dans certaines régions. Un quart des agressions ont eu lieu dans la région parisienne, immédiatement suivie par la Provence-Côte-d’Azur, puis par la région Rhône-Alpes et le Pas de Calais. Mais les assureurs ne se contentent pas de ce constat. "En règle générale, après la première agression, ils augmentent leur prime de 10 %, explique Claude Barrier. Après la seconde, la facture s’élève de 50 %. Après la troisième, l’assureur supprime le contrat dès qu’il le peut." Il reste certes des régions relativement calmes, mais pour combien de temps ? "Je n’ai jamais été agressé personnellement et je touche du bois, dit Gilbert, bijoutier à Saint-Malo qui préfère ne pas être cité nommément de crainte que ça lui porte malheur. Eh oui, on finit par devenir superstitieux. Je ne me fais pas d’illusions : les malfaiteurs sont devenus très mobiles."
Les malfrats ont donc leurs régions de prédilection mais aussi leurs horaires de travail : contrairement aux idées reçues, les ouvertures et les fermetures ne sont pas les moments les plus dangereux : l’étude de la Fédération Nationale HBJO fait ressortir que c’est entre midi et quatorze heures que les agresseurs opèrent le plus fréquemment : un vol sur cinq dans la région parisienne et un sur quatre dans le midi, sans doute parce qu’ils savent trouver peu de personnel dans le magasin et que la circulation automobile, plus fluide, permet une fuite plus facile. Les fins de semaine ont également leur préférence, parce que les tiroirs - caisses sont mieux remplis.
PRODUITS DE LUXE EN SÉCURITÉ ?
Si la mode est aux braquages spectaculaires, les escrocs en tout genres continuent de sévir. Aux agressions violentes s’ajoutent en effet les vols par ruse, plus discrets, plus élégants, sans danger physique pour les victimes mais tout de même très coûteux. La Fédération des HBJO en distingue 8 catégories, du vol au "rendez moi", commis par un unique individu qui parvient à subtiliser de gros billets au moment où le commerçant lui rend la monnaie, à la manipulation des bijoux présentés au faux client, façon pickpocket, qui serait paraît-il une spécialité sud américaine.
Les professionnels réagissent de façon différente à ces menaces. Bernard Grégoire, patron de la chaîne Goldy les montres, a choisi d’abandonner la montre de luxe. "Certaines de mes succursales et de mes franchises se faisaient braquer ou voler plusieurs fois par an. Les montres de prix se revendent trop facilement dans n’importe quel milieu. Conclusion : plus d’articles dont la valeur dépasse 500 € et peu en vitrine." La Fédération des HBJO, qui regroupe 1500 commerçants sur 5193 que compte le secteur en France a décidé de prendre le problème à bras le corps en désignant une Commission Sécurité. Celle-ci a étudié près de 149 agressions et s’est efforcée d’en tirer des enseignements. Son livre blanc sur la sécurité résume quelques unes de ces agressions, les commente et donne des recommandations élémentaires. Au-delà de la multiplication des moyens matériels, du sas avec ouverture à distance, qui se généralise, à la caméra de surveillance, désormais mieux accepté par la clientèle, les possibilités offertes aux professionnels pour faire face à la vague d'agression sont surtout du domaine de la psychologie. La vigilance et l’expérience peuvent faire échouer la plupart des escroqueries classiques, en revanche, face au pare-chocs d’un quatre-quatre ou à une kalachnikov, le commerçant demeure sans défense. En présence d’un commando déterminé et armé, la seule attitude raisonnable reste selon le livre blanc :"Sang-froid, obéissance, gestes non équivoques", qui conclut "en cas d'agressionviolente, des comportements élémentaires peuvent sauver des vies".
17:10 Publié dans 7. Dossiers | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : controle, securité, livre blanc, magasin, VOLS, AGRESSIONS



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